Pourquoi imprimer plus d’argent ne rend pas un pays plus riche

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L’idée semble logique à première vue. Si une nation accumule plus d’or, d’argent ou de monnaie numérique, elle devrait théoriquement devenir plus riche. C’était l’hypothèse centrale du mercantilisme, la philosophie économique dominante en Europe du XVIe au XVIIIe siècle. Les mercantilistes pensaient que le commerce était un jeu à somme nulle dans lequel l’accumulation d’argent équivalait directement à la puissance et à la prospérité nationales. Ils ont fait pression pour une balance commerciale « favorable », dans le but d’exporter plus qu’ils n’importaient pour maintenir l’afflux de richesses vers l’intérieur.

La théorie quantitative de la monnaie a démantelé cette logique. Développée par des penseurs comme John Locke au XVIIe siècle et affinée par David Hume au XVIIIe, la théorie soutient que l’argent n’est pas la richesse en soi. C’est simplement un moyen d’échange. Lorsqu’une nation accumule davantage d’argent sans augmenter la production de biens et de services, le résultat n’est pas la prospérité. Ce sont des prix plus élevés.

Ce mécanisme explique la relation fondamentale entre l’inflation et la masse monétaire. Si la quantité de monnaie en circulation augmente plus vite que la production de biens, chaque unité monétaire achète moins. Le coût des objets du quotidien grimpe. Ce n’est pas seulement un phénomène moderne. Il s’agit d’un outil principal d’analyse de l’inflation et de la déflation depuis des siècles.

Les implications pour le commerce ont été immédiates. Si un afflux de devises étrangères fait simplement monter les prix intérieurs, alors un excédent commercial n’offre aucun réel avantage. L’augmentation de la masse monétaire finit par éroder le pouvoir d’achat de cette richesse. L’objectif mercantiliste de stocker de l’argent devient voué à l’échec. Des prix plus élevés rendent les exportations plus chères et les importations moins chères, corrigeant naturellement le déséquilibre commercial.

Cette idée a modifié la politique économique. Au XIXe siècle, la théorie quantitative a constitué l’épine dorsale intellectuelle de l’abandon du protectionnisme et du libre-échange. Les économistes pourraient désormais affirmer que limiter les échanges commerciaux à la thésaurisation des devises était irrationnel. L’accent s’est déplacé vers l’augmentation de la production réelle plutôt que vers la manipulation des réserves monétaires.

La théorie ne s’arrête pas là. Il est devenu un élément fondamental dans la compréhension des cycles économiques tout au long des XIXe et XXe siècles. Les banques centrales ont commencé à examiner les données sur la masse monétaire pour prédire les ralentissements économiques ou la surchauffe. Cela a également influencé les théories sur les taux de change, reliant directement les valeurs monétaires à la masse monétaire relative des différentes nations.

Aujourd’hui, le concept reste une lentille pour observer l’inflation. Lorsque les gouvernements impriment de la monnaie pour financer leurs déficits, la théorie met en garde contre une hausse potentielle des prix. Cela ne garantit pas que l’inflation se produira instantanément. D’autres facteurs, comme la vélocité de l’argent et la confiance des consommateurs, jouent un rôle. Mais le principe de base est valable : changez la quantité de monnaie, et vous changez le niveau des prix.

Le débat ne porte pas vraiment sur la justesse ou la fausseté de la théorie. Il s’agit de savoir quel contrôle les banques centrales devraient avoir sur cette quantité. Trop peu d’argent provoque la déflation et la stagnation. Trop de choses provoquent de l’inflation et de l’incertitude. Trouver le juste milieu est difficile.

L’histoire montre que traiter l’argent comme une richesse conduit à des erreurs politiques. Le traiter comme un outil nécessite de la discipline. Cette discipline est difficile à maintenir, surtout lorsque les pressions politiques s’accentuent. La théorie quantitative reste un avertissement. Plus d’argent ne signifie pas plus de valeur. Cela signifie simplement que les chiffres sur l’étiquette de prix augmentent.

La théorie quantitative n’a pas disparu dans les années 1930 ; ça a été martelé.

L’expansion monétaire semblait inutile. La Grande Dépression s’est prolongée, les prix se sont effondrés et les banques centrales ont constaté qu’injecter de l’argent dans le système ne permettait pas de relancer l’économie comme elles l’espéraient. Les investissements se sont taris. Les gouvernements n’ont pas réussi à sortir du gouffre assez rapidement par leurs dépenses. Les économistes ont pivoté. Ils ont fait valoir que la demande réelle – le niveau réel d’investissement et de dépenses publiques – comptait bien plus que le simple volume d’argent en circulation. La masse monétaire semblait sans importance alors que tout le monde était de toute façon trop fauché pour acheter quoi que ce soit.

Puis vinrent les années 1960. Le pendule recula violemment.

L’inflation de l’après-Seconde Guerre mondiale est devenue le nouveau casse-tête. Ce n’était plus de la déflation ; c’était trop d’argent pour trop peu de biens. Milton Friedman et Anna Schwartz sont intervenus avec Une histoire monétaire des États-Unis (1963). Leurs travaux empiriques ne suggèrent pas seulement un lien entre la monnaie et les prix ; il l’a quantifié. Ils ont montré une relation cohérente et à long terme qui ne pouvait être ignorée. Le prestige de la théorie quantitative est revenu, non pas comme idéal philosophique, mais comme outil pratique.

Ce changement a changé la façon dont les gouvernements ont abordé la politique. On ne pouvait pas simplement ignorer la masse monétaire si l’on voulait contrôler l’inflation. La théorie impliquait que le maintien de la stabilité des prix et du plein emploi nécessitait une gestion prudente de la base monétaire. Si vous imprimez trop, vous obtenez de l’inflation. Si vous imprimez trop peu, vous risquez la stagnation.

C’est encore débattu aujourd’hui. Les nouveaux modèles mettent l’accent sur les attentes et les frictions financières. Mais la leçon fondamentale de Friedman et Schwartz reste ancrée dans la banque centrale : l’argent compte. L’ignorer est un pari.

Considérez comment l’assouplissement quantitatif moderne reflète cette tension. Lorsque les banques centrales ont élargi leurs bilans après 2008, les critiques ont mis en garde contre l’hyperinflation. Cela ne s’est pas produit. Pourquoi? La vitesse s’est effondrée. L’argent restait dans les banques plutôt que de circuler. Est-ce que cela réfute la théorie ? Ou est-ce que cela complique simplement le mécanisme ?

La relation entre la masse monétaire et l’inflation n’est pas un simple levier. C’est un système complexe. Mais lorsque l’on examine les données historiques, en particulier celles à long terme, il est difficile de rater le signal. Les décideurs politiques continuent de considérer la masse monétaire comme une variable clé. Pas le seul. Mais nécessaire.